
« La sex recession » La dernière étude IFOP sortie en février 2024 est sans appel : les Français-e-s n’ont jamais aussi peu fait l’amour qu’aujourd’hui. 76% d’entre eux ont eu au moins un rapport sexuel au cours des 12 derniers mois contre 91% en 2006. La tranche d’âge la plus concernée par ce changement est celle des 18-24 ans : 28% d’entre eux n’ont eu aucun rapport sexuel durant l’année écoulée, contre 5% en 2006. Que penser de cet état des lieux ?
La génération « netflix ».
Chez les moins de 35 ans, 50% des hommes et 42% des femmes en couple cohabitant, auraient déjà évité un rapport sexuel pour regarder une série ou un film à la télévision (IFOP, 2024). Les écrans prennent de plus en plus de place dans la vie quotidienne et peut certainement influer également la sexualité moderne.
La fin du « devoir conjugal » ?
Les violences sexuelles, y compris au sein du couple, restent un sujet majeur quand on sait qu’une femme sur six entre dans la sexualité avec un rapport non consenti et qu’une répondante sur deux a vécu l’expérience d’un rapport sexuel pénétratif non consenti (Enquête Nous Toutes, 2020).
Les Françaises déclarent à 52% qu’il leur arrive de faire l’amour sans envie contre 76% en 1981. Cette évolution explique sûrement, entre autres facteurs, la moindre fréquence des rapports sexuels des couples : 43% des français-e-s ont un rapport sexuel hebdomadaire contre 58% en 2009 (IFOP, 2024). S’il reste encore des progrès à accomplir l’éducation au consentement et la prévention des violences sexuelles, notamment au sein du couple, nous pouvons doucement commencer à ressentir les effets des mouvements #metoo et de la libération de la parole des femmes.
La notion du consentement est de plus en plus connue chez les jeunes générations grâce à l’éducation à la sexualité, aux réseaux sociaux, aux médias ou certaines séries comme « Sex Education ». Les repères changent. La sexualité au sein du couple est de moins en moins vue comme un devoir, et aujourd’hui, 90% des jeunes de 18 – 30 ans auraient conscience de l’importance du consentement : une bonne nouvelle, même s’il faut sans doute garder du recul sur ce haut score. (Etude Durex, 2020)
La « sex recession » … ou bien simplement une nouvelle conception de la sexualité ?
Ce sondage évoque la sexualité partagée, mais qu’en est-il de sa sexualité à soi ? Il semblerait qu’à l’inverse elle n’ait jamais été tant investie ! La masturbation concernerait 95% des hommes et 74% des femmes (IFOP, 2017) et chez les femmes il s’agit d’une pratique autant pratiquée par les célibataires que celles en couple. De plus, cette pratique est en constante évolution au fil du temps : 78% des Françaises en 2021 déclarent pratiquer la masturbation contre 19% en 1970 (Rapport Simon, 2018).
D’une sexualité normée vers… une sexualité de plaisir ? Assisterions-nous à une révolution de la sexualité féminine ? Jusqu’à récemment, la sexualité était très normée et centrée sur la pénétration. De plus en plus, se pose la question du plaisir et de l’orgasme féminin. De manière générale, les femmes sont plus nombreuses avec le temps à exprimer leurs désirs sexuels (IPSOS, 2014). Les hommes hétérosexuels auraient 4 fois plus d’orgasmes que les femmes hétérosexuelles (Etude Durex, mars 2023, Royaume-Uni). Les femmes semblent investir leur sexualité différemment et rechercher une meilleure connaissance de leurs corps et du plaisir. Cela peut passer par la masturbation mais aussi par l’utilisation de plus en plus important des sextoys. 50% des français-e-s déclarent avoir déjà utilisé un sextoy (IFOP, 2020) et ce taux n’avait jamais été aussi haut. Pour les femmes, les sextoys les plus achetés sont les stimulateurs clitoridiens. Les femmes se centrent donc désormais moins sur la seule pénétration et développent d’autres pratiques pour atteindre le plaisir et l’orgasme. Ce qui semble logique quand on sait dans les études que seules 25% des femmes arrivent à avoir un orgasme par seule pénétration vaginale. Certaines pratiques directement influencées par la pornographie (telles que la bifle ou l’éjaculation faciale) perdent du terrain depuis 2016 (sondage IFOP) mais d’autres centrées sur le plaisir féminin comme le cunnilingus progressent. Tous ces marqueurs peuvent-ils laisser à penser que progressivement la sexualité performative et normée par la pornographie évolue progressivement vers une sexualité de plaisir ?
Après la libération sexuelle … la liberté d’être qui l’on souhaite et d’avoir la sexualité que l’on souhaite ?
Si la libération sexuelle a eu de nombreux bénéfices, la société hypersexualisée et ses injonctions peut avoir des répercussions négatives sur la représentation de la sexualité. De nombreuses injonctions en ont longtemps découlées plus ou moins consciemment : l’injonction d’avoir une sexualité, de jouir, de performance. On ne compte plus les rubriques de magasines et leurs conseils « la fellation, ciment du couple », les fameux « 3 rapports sexuels par semaine » à respecter, etc. La encore, les jeunes adultes d’aujourd’hui parviennent progressivement à s’affranchir de ces injonctions et changer les codes, et à mieux assumer leurs envies mais aussi leurs non envies. L’asexualité par exemple, qui est une orientation sexuelle et désigne le fait de ne pas ou peu ressentir d’attirance sexuelle pour autrui, est de plus en plus évoquée. Aujourd’hui, 12% de Français-e-s sont concernés par l’asexualité.
En résumé …
Les français-e-s font moins l’amour, mais peut être est-il intéressant de se questionner sur le plus important : le font-il mieux ? Et si les évolutions actuelles ne serait pas un déclin de la sexualité, mais plutôt une révolution ? Et si la sexualité d’aujourd’hui était en train de devenir plus qualitative et plus épanouissante, et moins une sexualité quantitative, performative et normée ?
La “sex recession” : les Français font-ils moins l’amour ? – IFOP
« #tasjoui? » : Enquête sur le « Gap orgasm » entre hommes et femmes – IFOP
La masturbation féminine est de plus en plus pratiquée depuis la crise sanitaire (huffingtonpost.fr)
Les Françaises et la masturbation dans le couple : la fin d’un tabou ? – IFOP
Visio, boulot, vibro… Sextoys et bien-être sexuel à l’heure du covid-19 – IFOP