La pénétration : mythe de la virilité, mais quelle réalité ?

Dans notre société, la pénétration reste la pratique sexuelle par excellence. D’ailleurs, certain-e-s d’entre nous auront même tendance à dire que la sexualité se résume uniquement à la pénétration. Le reste, ce sont des « à côté », des « préliminaires », du « bonus ». Cela commence dès l’adolescence, qui est pour beaucoup la période des premiers flirts et premières expériences sexuelles. Dans le discours de beaucoup, le premier rapport sexuel se définit comme le premier rapport pénétratif. S’il y a eu d’autres expériences sexuelles avant, elles ne comptent pas, ou pas vraiment. Ce qui compte vraiment dans l’esprit général, c’est la pénétration. Pour les adultes, peu de changements de paradigme dans ce domaine, du moins chez les couples hétérosexuels. La sexualité reste généralement centrée sur cette pratique. Le reste, ce sont des « préliminaires », des options sympas dont on peut parfois se passer, et qui seraient quand même globalement moins intéressantes.

Nos pratiques et notre vision des choses en termes de sexualité sont fortement encore aujourd’hui influencées par la norme de virilité qui incombe aux hommes. L’érection, reste le symbole par excellence de l’homme viril et fort, et qui pénètre la femme. La femme quant à elle, ne saurait uniquement jouir grâce à un homme viril et la pénétrant. Depuis les origines, le symbole du phallus participe à construction identitaire de l’homme, qui va pouvoir grâce à lui affirmer sa puissance, sa force physique et sa virilité. Par exemple, dans l’Egypte Ancienne, les dieux masculins étaient représentés en érection. Différents rites de passages ont traversé les époques et cultures, permettant au garçon de devenir homme. Aujourd’hui, Philippe Brenot dirait que le nouveau rite de passage dans notre société, est celui de la pornographie. A 14 ans, ce sont la moitié des adolescent-e-s qui ont déjà visionné une vidéo pornographique. Et dans ces films, que voyons-nous ? Encore très majoritairement des scénarios centrés sur la pénétration, avec des hommes virils et puissants, parfois violents, et permettant de procurer un orgasme à la femme. Le mythe de la virilité et de l’homme pénétrant a donc encore de beaux jours devant lui !

Les mythes sont faits pour être déconstruits, ou à minima questionnés, et c’est l’exercice que tentent de réaliser depuis plusieurs années le mouvement féministe, mais également différent-e-s professionnel-le-s de la sexologie. Pourquoi déconstruire ou questionner un mythe fondamental ? Tout simplement parce qu’il ne fonctionne pas. Cette vision d’une sexualité centrée sur la pénétration, toujours véhiculée aujourd’hui, crée des tords à de nombreuses personnes. Les hommes, à la moindre difficulté érectile, se sentent directement impactés dans leur masculinité, leur image et leur estime d’eux-mêmes, et atteint dans leur capacité de performance. Sachant que 20 à 35% des hommes peuvent souffrir de dysfonction érectile à un moment de leur vie, cela met beaucoup d’entre eux en difficultés et parfois en souffrance dans leur vie affective et sexuelle. De nombreux hommes estiment souffrir de l’angoisse de performance : l’obligation de combler ses partenaires à tout prix et d’être performant. Parfois, se rajoute l’angoisse également de ne pas avoir un pénis suffisamment grand pour satisfaire l’autre. Les hommes sont donc eux-même des victimes de première ligne de cette injonction à la pénétration et du mythe de la virilité. Du côté des femmes, plusieurs données sont intéressantes. Elles ne sont que 25% à réussir à obtenir un orgasme par la seule pénétration. Cela laisse alors tout de même 75% de femmes sur le carreau. A cette réalité, on donne le nom « d’orgasm gap » (le fossé des orgasmes). Les femmes obtiennent un orgasme grâce au clitoris. Lors de la pénétration, le pénis stimule les piliers du clitoris à travers les parois vaginales, et peut donner un orgasme. Mais pour beaucoup de femmes (75%) cela s’avère difficile voire impossible, et c’est la stimulation externe et directe du clitoris qui permettra la jouissance. De plus, on a également tendance à imaginer pour beaucoup que le rapport sexuel prend fin avec l’éjaculation de l’homme. Laissant parfois la partenaire sur sa fin. Avec ces données on comprend mieux Philippe Brenot qui affirme que « l’homme pénétrant n’est pas forcément un bon coup au lit. ». Les femmes sont également inquiètes parfois de leur vie sexuelle : « suis-je normale ? Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à parvenir à l’orgasme avec mes partenaires ? Quelque chose doit clocher chez moi. » des inquiétudes liées souvent à une méconnaissance du fonctionnement de son corps et à la culture pornographique.  Chez certaines femmes, la pénétration n’est parfois pas possible, par exemple lorsqu’elles souffrent de vaginisme. Faut-il alors abandonner toute autre forme de sexualité ? Ces données ne méritent t’elles pas de réfléchir à faire évoluer notre vision de la sexualité et nos pratiques ?

Nous pouvons donc dire que le mythe de l’homme viril et pénétrant faisant jouir la femme est bel et bien erroné, puisqu’il ne prend pas en compte la réalité biologique et physique des corps, et va mettre en souffrance toutes les personnes pensant être anormales de ne pas correspondre à cette vision réduite de la sexualité. La pénétration peut donc pour de nombreuses personnes et pour différentes raisons être source de difficultés : l’érection peut être parfois défaillante pour l’homme, la pénétration douloureuse pour la femme, ou ne permet pas la jouissance, parfois aussi des femmes souffrent de vaginisme. Et si, nous apprenions à faire autrement, avec la réalité de nos corps et de leur fonctionnement ?

Et si finalement nous donnions une nouvelle place à la pénétration ? Si nous bannissions de notre vocabulaire le terme de « préliminaires » qui sous-entend un schéma et un ordre bien établi des pratiques sexuelles mais surtout des différents degrés d’importance ? Si la sexualité se recentrait sur le plaisir et non la performance ? Finalement, la pénétration est une pratique sexuelle parmi beaucoup d’autres tout aussi chouettes, une pratique intéressante mais pas obligatoire, et nous permettant d’élargir notre curiosité et champ des possibles. Et si on dépassait la sexualité pénétrocentrée pour en apprécier toute sa richesse ?

Pour aller plus loin :

  • Au-delà de la pénétration (2020) par Martin Page
  • Jouissance Club (2020) par June Pla
  • Sex Story (2016) par Philippe Brenot

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