Lorsque l’on parle de violences sexuelles, de quoi parlons-nous ? Cette expression englobe différentes violences caractérisées par la loi. Nous pouvons distinguer par exemple:
Les violences sexuelles sont par définition des évènements traumatisants. En effet, le traumatisme est principalement lié à « une situation où la personne a été confrontée à la mort ou à la menace de mort, à des blessures graves, à des violences sexuelles, ou au risque de telles agressions » (Evelyne Josse, 2014). Le traumatisme est une rencontre avec le réel de la mort. Pour Louis Crocq (1999), l’évènement traumatique est vécu comme « une rupture par rapport à la continuité du passé » et de nombreuses personnes victimes de violences sexuelles parlent d’un « avant » et d’un « après ». Les violences sexuelles sont un non-sens pour la personne victime.
Dans le cadre des violences sexuelles, tous les types de violences peuvent être potentiellement traumatiques. Il serait dommageable et faux de hiérarchiser ces violences par « gravité ». Dans toutes les situations de violences, on peut atteindre et déborder les limites d’une personne, et c’est cela, qui fera traumatisme.
Une personne victime de violences sexuelles peut développer un état de stress post-traumatique. Différents symptômes peuvent définir ce trouble : des reviviscences répétitives des évènements (flash-back soudains, cauchemars répétitifs), ou une réactivation et une peur réflexe avec certains stimulus rappelant l’évènement (lieu, odeurs, bruits, …), une hypervigilance, un évitement de ce qui peut faire repenser à l’évènement (évitement d’un lieu, de personnes, de pensées, de situations, …), des troubles de l’humeur, un état émotionnel négatif persistant (colère, tristesse, honte, …), un sentiment de détachement, d’être « étranger » par rapport aux autres, moins d’intérêt ou moins de participation à des activités importantes, difficultés persistante à éprouver des émotions positives, des troubles du sommeil, une irritabilité, des difficultés de concentration, une prise ou perte de poids, des idées suicidaires, des addictions, des troubles intestinaux, etc. On parle généralement d’état de stress post-traumatique lorsqu’il apparait dans les trois mois après l’évènement traumatique et que les symptômes durent depuis au moins un mois.
Les violences sexuelles vont avoir des symptômes spécifiques par rapport aux autres traumatismes, en impactant directement la sphère de la vie affective et sexuelle. La personne peut avoir une hyposexualité ou une hypersexualité après l’évènement traumatique, et des troubles sexuels peuvent apparaitre (douleurs, vaginisme, troubles érectiles, …). La victime peut également développer un besoin répétitif de se laver et faire une fixation sur son hygiène car a le sentiment d’être « sale ».
Que se passe t’il dans notre cerveau lorsque nous sommes traumatisés ? Le souvenir traumatique ne parvient pas à être « encodé » comme les souvenirs « classiques ». Cela génère une hypermnésie de l’évènement au niveau émotionnel. Dans certaines situations cependant, une amnésie partielle peut s’installer.
Parfois aussi, même si la victime ne souffre pas d’amnésie, il est possible que l’agression ne soit pas conscientisée comme telle, notamment par exemple chez les enfants.
Au moment même où la personne vit un évènement traumatique, elle peut parfois se retrouver en état de sidération psychique. C’est ce qui explique que l’on puisse se sentir « paralysé », que l’on n’ait pas appelé à l’aide, que l’on ne se soit pas enfuit. En cas de danger, notre cerveau se prépare à la fuite et génère l’adrénaline et le cortisol, mais lorsque la victime ne peut pas fuir, le cerveau va alors surchauffer et générer en excès ces hormones, ce qui peut engendrer un arrêt cardiaque. Le cerveau va alors protéger la personne en générant de la kétamine et de la morphine et ainsi stopper l’adrénaline et le cortisol. La victime va alors à ce moment entrer en état de sidération, de dissociation. Les personnes décrivent souvent lors de se moment être comme « sorties de leur corps », « être observatrices de la scène ».
La méconnaissance de ce phénomène de sidération a longtemps desservi les victimes de violences sexuelles lors de procès, pouvant être interprété à tord comme un possible consentement. Aujourd’hui, les magistrats ou les policiers, commencent à être formés à ce phénomène afin d’améliorer l’accueil et le parcours judiciaire des personnes victimes. Muriel Salmona a par exemple formé toute une équipe d’agents de police responsables d’un tchat en ligne à destination des victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles.
Une personne victime de violences sexuelles peut être accompagné et aidé. Cela peut se faire auprès d’une association d’aide aux victimes, de psychologues et de professionnels formés à ce sujet. Différentes thérapies sont reconnues dans le traitement des traumatismes. Pour conclure, je reprendrai les mots de Peter A. Levine (2013) « Le traumatisme fait partie de la vie, mais ne doit pas être une condamnation « à vie ».
Sources :
Le traumatisme psychique chez l’adulte (Evelyne Josse, 2014).
Réveiller le tigre (Peter A. Levine, 2013).
Les psychotraumatismes (Cyril Tarquinio et Sébastien Montel, 2014).
Comment guérir après des violences sexuelles? (Violaine Guérin, 2016).