Violences sexuelles et traumatisme

Lorsque l’on parle de violences sexuelles, de quoi parlons-nous ? Cette expression englobe différentes violences caractérisées par la loi. Nous pouvons distinguer par exemple:

  • L’exhibition sexuelle : c’est un délit et il est constitué lorsque l’auteur s’exhibe à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards (cela peut donc également être constitué à domicile, c’est à la charge de chacun de ne pas s’exposer à ses voisins). L’auteur encoure un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende.
  • Le cas spécifique des « dick pick » ou photos sexuelles non sollicitées : l’article 624-2 du Code Pénal prévoit 750 euros d’amende lorsque l’on envoie un message ou une photo contraire à la décence à une personne de plus de 15 ans, sans son accord préalable. Si la victime a moins de 15 ans, l’amende s’élève à 1.500 euros.
  • Le revenge porn : à l’inverse, le revenge porn consiste à envoyer des photos ou vidéos d’une personne sans son accord à d’autres. Même si une personne a été d’accord d’être photographié ou filmée, cela n’autorise pas la diffusion de ces contenus sans son autorisation explicite. Depuis 2016, la loi prévoit pour ces situations une peine pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison et 60.000 euros d’amende.
  • Le harcèlement sexuel peut avoir différentes définitions. Il peut s’agir d’avoir des propos ou comportements sexuels répétés qui portent atteinte à la dignité ou créent une situation offensante, mais il peut également s’agir de mettre la pression à quelqu’un dans le but d’obtenir un acte de nature sexuelle, ou enfin il peut s’agir de provocations ou remarques obscènes ou vulgaires devenant insupportables. L’auteur présumé d’un harcèlement sexuel encoure jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.
  • L’agression sexuelle : elle consiste à toucher la bouche, la poitrine, les fesses, les parties génitales, ou le haut des cuisses d’une personne sans son consentement.  Il s’agit d’une infraction et l’auteur présumé encoure jusqu’à 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.
  • Le viol : il consiste à contraindre une personne non consentante à une pénétration. La pénétration peut être commise de différentes manières (pénétration vaginale, sodomie, fellation, utilisation d’objets…). C’est un crime et l’auteur présumé encoure jusqu’à 15 ans de prison pour un viol dit « simple » mais jusqu’à 20 ans s’il y a des circonstances aggravantes (l’auteur du viol est un-e ascendant de la victime, est un-e partenaire ou ex-partenaire de la victime, l’auteur ou la victime étaient sous l’influence de substances psychoactives, le viol a entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, le viol a été commis avec l’usage ou la menace d’une arme, etc).

Les violences sexuelles sont par définition des évènements traumatisants. En effet, le traumatisme est principalement lié à « une situation où la personne a été confrontée à la mort ou à la menace de mort, à des blessures graves, à des violences sexuelles, ou au risque de telles agressions » (Evelyne Josse, 2014). Le traumatisme est une rencontre avec le réel de la mort. Pour Louis Crocq (1999), l’évènement traumatique est vécu comme « une rupture par rapport à la continuité du passé » et de nombreuses personnes victimes de violences sexuelles parlent d’un « avant » et d’un « après ». Les violences sexuelles sont un non-sens pour la personne victime.

Dans le cadre des violences sexuelles, tous les types de violences peuvent être potentiellement traumatiques. Il serait dommageable et faux de hiérarchiser ces violences par « gravité ». Dans toutes les situations de violences, on peut atteindre et déborder les limites d’une personne, et c’est cela, qui fera traumatisme.

Une personne victime de violences sexuelles peut développer un état de stress post-traumatique. Différents symptômes peuvent définir ce trouble : des reviviscences répétitives des évènements (flash-back soudains, cauchemars répétitifs), ou une réactivation et une peur réflexe avec certains stimulus rappelant l’évènement (lieu, odeurs, bruits, …), une hypervigilance, un évitement de ce qui peut faire repenser à l’évènement (évitement d’un lieu, de personnes, de pensées, de situations, …), des troubles de l’humeur, un état émotionnel négatif persistant (colère, tristesse, honte, …), un sentiment de détachement, d’être « étranger » par rapport aux autres, moins d’intérêt ou moins de participation à des activités importantes, difficultés persistante à éprouver des émotions positives, des troubles du sommeil, une irritabilité, des difficultés de concentration, une prise ou perte de poids, des idées suicidaires, des addictions, des troubles intestinaux, etc. On parle généralement d’état de stress post-traumatique lorsqu’il apparait dans les trois mois après l’évènement traumatique et que les symptômes durent depuis au moins un mois.

Les violences sexuelles vont avoir des symptômes spécifiques par rapport aux autres traumatismes, en impactant directement la sphère de la vie affective et sexuelle. La personne peut avoir une hyposexualité ou une hypersexualité après l’évènement traumatique, et des troubles sexuels peuvent apparaitre (douleurs, vaginisme, troubles érectiles, …). La victime peut également développer un besoin répétitif de se laver et faire une fixation sur son hygiène car a le sentiment d’être « sale ».

Que se passe t’il dans notre cerveau lorsque nous sommes traumatisés ? Le souvenir traumatique ne parvient pas à être « encodé » comme les souvenirs « classiques ». Cela génère une hypermnésie de l’évènement au niveau émotionnel. Dans certaines situations cependant, une amnésie partielle peut s’installer.

Parfois aussi, même si la victime ne souffre pas d’amnésie, il est possible que l’agression ne soit pas conscientisée comme telle, notamment par exemple chez les enfants.

Au moment même où la personne vit un évènement traumatique, elle peut parfois se retrouver en état de sidération psychique. C’est ce qui explique que l’on puisse se sentir « paralysé », que l’on n’ait pas appelé à l’aide, que l’on ne se soit pas enfuit. En cas de danger, notre cerveau se prépare à la fuite et génère l’adrénaline et le cortisol, mais lorsque la victime ne peut pas fuir, le cerveau va alors surchauffer et générer en excès ces hormones, ce qui peut engendrer un arrêt cardiaque. Le cerveau va alors protéger la personne en générant de la kétamine et de la morphine et ainsi stopper l’adrénaline et le cortisol. La victime va alors à ce moment entrer en état de sidération, de dissociation. Les personnes décrivent souvent lors de se moment être comme « sorties de leur corps », « être observatrices de la scène ».  

La méconnaissance de ce phénomène de sidération a longtemps desservi les victimes de violences sexuelles lors de procès, pouvant être interprété à tord comme un possible consentement. Aujourd’hui, les magistrats ou les policiers, commencent à être formés à ce phénomène afin d’améliorer l’accueil et le parcours judiciaire des personnes victimes. Muriel Salmona a par exemple formé toute une équipe d’agents de police responsables d’un tchat en ligne à destination des victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles.

Une personne victime de violences sexuelles peut être accompagné et aidé. Cela peut se faire auprès d’une association d’aide aux victimes, de psychologues et de professionnels formés à ce sujet. Différentes thérapies sont reconnues dans le traitement des traumatismes. Pour conclure, je reprendrai les mots de Peter A. Levine (2013) « Le traumatisme fait partie de la vie, mais ne doit pas être une condamnation « à vie ».

Sources :

Le traumatisme psychique chez l’adulte (Evelyne Josse, 2014).

Réveiller le tigre (Peter A. Levine, 2013).

Les psychotraumatismes (Cyril Tarquinio et Sébastien Montel, 2014).

Comment guérir après des violences sexuelles? (Violaine Guérin, 2016).

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