La sexualité des adolescent-e-s

« Ils sont de plus en plus précoces », « ils prennent des risques », « ils ne sont pas sérieux ». De nombreuses idées reçues quant à la sexualité des adolescent-e-s persistent. Mais qu’en est-il réellement ? Comment les adolescent-e-s d’aujourd’hui vivent-ils leur vie affective et sexuelle ?

L’adolescence et les hormones : que se passe-t-il ?

L’adolescence est une période de chamboulements et de remaniements. De nombreux changements s’invitent avec la puberté et le bal des hormones : l’apparition des poils, des modifications corporelles avec des répartitions des graisses différentes, le développement de la poitrine, la voix qui change, l’arrivée des menstrues pour les filles, le développement de l’appareil génital, etc. En parallèle, c’est aussi une période marquée par le besoin de séparation et d’individuation par rapport à son milieu familial. L’amitié devient essentielle et particulièrement investie dans la vie de l’ado. Les premières amours peuvent avoir lieu, et au fil du temps la sphère de la sexualité deviendra de plus en plus centrale.

Quelle sexualité les adolescent-e-s ont-ils ?

La sexualité ne débute pas avec le premier rapport sexuel, mais débute dès la naissance. Il peut se passer plusieurs années avant le premier rapport sexuel, où les adolescent-e-s flirtent, expérimentent, se découvrent. Cela peut passer par la masturbation, les baisers, les caresses, les sextos, les discussions entre pairs autour de la sexualité.

Le premier rapport sexuel reste néanmoins un rituel de passage et un évènement important pour l’adolescent-e. On s’imagine souvent – à tord – que les adolescents de nos jours sont plus précoces que leurs aînés concernant le premier rapport sexuel. Et pourtant, en France, la moyenne d’âge du premier rapport sexuel est toujours fixée à 17 ans, cette moyenne ne baisse pas depuis plusieurs décennies. Pour les garçons, le premier rapport est souvent vécu comme un moment de performance, et ils ont de nombreuses inquiétudes quant à la technicité de l’acte, la durée normale d’un rapport sexuel, et la peur de ne pas avoir une érection satisfaisante, d’éjaculer trop vite, de ne pas réussir à mettre le préservatif. Pour les filles, le premier rapport sexuel a tendance généralement à être idéalisé avec un investissement affectif et relationnel fort.

Les adolescent-e-s se posent de nombreuses questions autour de la sexualité : suis-je normal-e ? Comment se déroule un rapport sexuel ? Est-ce que ça fait mal ? Est-ce que je vais plaire ? Comment se protéger d’une grossesse ou des maladies ? Comment fonctionne mon corps ? (…).

Si la sexualité des adolescent-e-s d’aujourd’hui n’est pas plus précoce, elle est cependant différente de celles des adolescent-e-s d’hier, certainement influencée en partie par la pornographie, une société hypersexualisée, les réseaux sociaux et les médias.

Les études sur la sexualité montrent une évolution des pratiques sexuelles chez les adolescent-e-s et jeunes adultes d’aujourd’hui : les rapports oraux, la pénétration anale, etc, sont devenues des pratiques banalisées. La pornographie a-t-elle une influence sur ces nouvelles pratiques chez les jeunes ? On peut l’envisager. Une étude de Poulin (2011) montre que plus un ado consomme tôt de la pornographie, plus il aura tendance à reproduire les pratiques sexuelles auxquelles il a été exposé. La 5ème consultation nationale des 6-18 ans de l’Unicef (2021) va toujours dans ce sens : 20% des jeunes pensent que les films pornographiques contribuent à l’éducation sexuelle.

La période de l’adolescence est également celle où l’adolescent-e peut se questionner sur son identité de genre ou son orientation sexuelle, et de manière générale sur son identité. Les adolescent-e-s homosexuel-les sont plus à risque d’être victimes de harcèlement et de violences, et 13% d’entre eux ont des idées suicidaires (contre 6% pour les adolescent-e-s hétérosexuel-les).

Des pratiques sexuelles à risque.

Malgré l’accès à internet et aux médias, les jeunes d’aujourd’hui ne se considèrent pas toujours bien informés. Par exemple, en 2020 ce sont 26% des jeunes qui se disent être mal informés sur le VIH/Sida, contre 11% en 2009 (Enquête IFOP, 2018). La source d’information privilégiée des jeunes reste internet (Enquête IFOP, 2018), loin devant la famille, le médecin, les enseignants ou encore les médias classiques.

Les prises de risque sexuelles sont assez importantes à la période de l’adolescence. Le préservatif n’est pas systématiquement utilisé et plusieurs raisons sont évoquées : la confiance dans le partenaire, le port du préservatif jugé comme désagréable, ne pas en avoir à disposition, etc (Enquête IFOP, 2018). La contraception n’est pas toujours utilisée non plus ou efficace. Une adolescente sur deux commence sa sexualité sans contraception (Le Breton, 2007). Les risques de vivre une grossesse non désirée ou de contracter une infection sexuellement transmissible ne sont pas négligeables à cette période de la vie.

Il est essentiel de pouvoir parler aux adolescent-e-s des risques liés à la sexualité et des différentes manières qu’ils ont pour se protéger.

Les violences sexuelles chez les jeunes

Une étude de Poulin (2011) montre que la pornographie aurait un impact sur la réalisation de violences sexuelles à l’égard des femmes, car ces vidéos banalisent ces comportements violents.

La question des violences sexuelles et du consentement se pose à l’adolescence. L’enquête de l’association « Nous Toutes » (2020) révèle que parmi les répondantes, 1 femme sur 6 a débuté sa vie sexuelle par un rapport sexuel non désiré.

Les jeunes peuvent avoir souvent de fausses croyances sur la sexualité et le rapport à l’autre. Il est essentiel de leur parler du consentement et de comment le recueillir chez ses partenaires.

Sexualité 3.0

Les écrans, les réseaux sociaux et internet ont pris beaucoup de place dans notre quotidien à tous, jusque dans notre intimité. Les adolescent-e-s sont particulièrement concerné-e-s par les risques entre l’usage des écrans et leur vie sexuelle. Les smartphones sont parfois un bon moyen de communiquer et de séduire l’autre, mais des précautions sont à prendre pour se protéger.

De nombreux adolescents sont victimes par des pairs ou des inconnus de « sexting » ou encore « dick pick » non sollicitées. Pour rappel : en envoyant une dick pick à une personne sans son accord, on risque 750 euros d’amende (1.500 euros si la personne a moins de 15 ans !).

Un autre danger des réseaux sociaux est celui du « revenge porn », cette pratique qui consiste à diffuser sans l’accord d’une personne des photos ou vidéos d’elle intimes à des tierces personnes. Cette pratique est interdite par la loi. Si vous êtes victime de ce type de pratique sur les réseaux sociaux ou internet, n’hésitez pas à contacter « e-enfance » une association de protection de l’enfance sur internet, qui pourra vous accompagner et vous aider.

Pour conclure … parlons aux ados !

Les ados s’inquiètent, sont curieux, cherchent de nombreuses réponses à leurs questions. Il est dommage de ne pas leur proposer plus d’éducation à la sexualité ou de les informer sur les lieux ressources existants où ils peuvent trouver de l’aide ou de l’information. La 5ème consultation nationale des 6-18 ans par l’Unicef révèle que seule la moitié des jeunes ont reçu au moins une séance d’éducation à la vie sexuelle et affective chaque année, alors que parmi les sujets qu’ils aimeraient aborder à l’école, on retrouve entre autres celui de la sexualité.

Les adolescent-e-s se construisent et ont besoin de repères pour pouvoir développer une vie affective et sexuelle épanouissante et grandir sereinement. Pour finir, les études Canadiennes prouvent -s’il le fallait encore- que l’éducation à la sexualité permet de réduire l’incidence des violences sexuelles, des contaminations aux IST et VIH, et des grossesses non désirées. Alors … qu’attendons-nous ?

Ressources pour les adolescent-e-s :

La série netflix « Sex Education »

La deuxième édition du «guide du zizi sexuel » de 2019.

Le livre « Sexpérience » d’Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat

Le tchat en ligne « Les pipelettes » où une sage-femme répond à vos questions en direct et de manière anonyme.

Ressources pour les parents :

La série « sex education » (si, si ! même pour les adultes ça peut être intéressant !)

Le livre « Parlez leur d’amour et de sexualité » de Jocelyne Robert

Sources :

Enquête IFOP (2018) « Les jeunes, l’information et la prévention du VIH ».

Enquête de l’association Nous Toutes (2020) « Enquête sur le consentement dans les rapports sexuels #jaipasdisoui »

5ème consultation nationale des 6-18 ans par l’Unicef (2021).

Le développement de l’adolescent (2019). De Boeck.

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