Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie…
Le trouble du désir sexuel hypoactif
Mésentente conjugale, fatigue, stress, netflix, les écrans, (…) de nombreux facteurs interviennent négativement sur notre libido. La diminution du désir sexuel est l’un des motifs principaux de consultation chez les sexologues.
Le trouble du désir sexuel hypoactif touche majoritairement les femmes, mais les hommes ne sont pas épargnés : 12,5 à 28% des hommes souffriraient d’une baisse du désir sexuel de manière occasionnelle, périodique ou fréquente. Une étude de 2006 de Colson et al. a mis en évidence que 30 % des femmes avaient des pensées sexuelles dans la journée contre 60 % des hommes.
Mais c’est quoi le désir sexuel ? Le Larousse le définit comme un « élan physique conscient, qui pousse quelqu’un à l’acte ou au plaisir sexuel. » Le désir sexuel peut se décliner sous différentes facettes : le désir coïtal de procréation, le désir coïtal de recherche fusionnelle, le désir de consolidation d’un lien affectif, le désir sexuel comme régulateur des tensions sexuelles, etc.
Nous avons tendance souvent à confondre désir sexuel et sentiment amoureux, ou à les croire indissociables l’un de l’autre. Dans la réalité, il s’agit de deux choses bien distinctes. Il est possible d’éprouver un sentiment amoureux envers quelqu’un-e mais ne pas éprouver de désir sexuel pour cette personne, et inversement. Pour garantir un bon équilibre du couple, l’idéal est évidemment d’éprouver pour son-sa partenaire un sentiment amoureux et également un désir sexuel.
La baisse de libido peut devenir un vrai trouble : le trouble du désir sexuel hypoactif. Différents symptômes le caractérisent :
- l’absence ou la diminution de l’intérêt sexuel ou du désir sexuel,
- l’absence de pensées sexuelles ou de fantasme,
- une faible motivation pour essayer d’avoir une sensation érogène,
- un manque d’intérêt sexuel considéré comme plus important que celui survenant habituellement dans le cadre d’un incident du cours de la vie.
Il reste néanmoins très difficile de mettre une frontière entre le normal et le pathologique : à partir de quand on considère que cela est un trouble ? Pour faire simple : on considère que cela est un trouble lorsque la personne en souffre ! Une personne asexuelle par exemple, n’est pas malade, et ne souffre pas d’un trouble, puisqu’elle ne souffre pas de cette absence de désir sexuel !
Dans notre société où règne le culte de la performance, plane l’idée qu’il faudrait toujours avoir une bonne libido, être toujours prêt-e à avoir un rapport sexuel, et avoir des rapports sexuels réguliers. Dans la vraie vie c’est différent. La libido chez un même individu évolue au cours de sa vie, au cours des différentes périodes. La libido est sensible entre autre à notre état émotionnel, à notre situation de couple, à notre santé. De bien nombreux facteurs interviennent sur l’état de notre désir sexuel. Le désir sexuel ça peut diminuer, se perdre, mais aussi se retrouver.
Quels sont ces différents facteurs pouvant impacter négativement notre libido ?
- La mésentente conjugale : les conflits, les disputes, le manque de communication, il est difficile d’avoir un désir sexuel optimal dans ces conditions. Si vous êtes en colère contre votre partenaire, cela n’arrange rien : la colère génère de l’adrénaline, et l’adrénaline tue la libido. C’est souvent le premier facteur auquel on peut penser lorsqu’on souffre d’un trouble du désir sexuel hypoactif, et pourtant il y en a d’autres.
- Les maladies chroniques : la maladie a un réel impact sur le désir sexuel. Elle peut générer de la fatigue, une invalidité, des traitements invasifs, des opérations, des modifications corporelles.
- Les traitements pharmacologiques : certains traitements pharmacologiques, comme les antidépresseurs par exemple, peuvent induire une diminution du désir sexuel.
- La dépression : cette maladie diminue l’élan vital et par conséquent le désir sexuel.
- Les violences sexuelles : avoir été victime de violences sexuelles peut fortement impacter son rapport à la sexualité et notamment le désir sexuel.
- Le stress : il réduit la sécrétion des hormones sexuelles et tue le désir. Un stress chronique se prolongeant est un réel fléau pour la libido. Souvent, c’est un stress professionnel qui va impacter sur du long terme le désir sexuel.
- L’investissement professionnel : à l’inverse, l’épanouissement et un surinvestissement au travail peut étrangement également nuire au désir sexuel. Lorsque l’on est passionné-e par son travail, on bénéficie des mêmes décharges d’adrénaline, de dopamine et d’endorphines que l’on retrouve dans la sexualité. Donc la personne peut moins ressentir le besoin et l’envie de les chercher ailleurs, par exemple dans la sexualité.
- La charge mentale et la charge sexuelle : ce sentiment de manque de temps gagne de nombreuses personnes. Entre le travail, la famille, les enfants, les tâches ménagères, le sport, les impératifs, il est difficile de se dégager du temps récréatif. Et quand on y arrive, la fatigue peut prendre le dessus. On parle aujourd’hui de charge mentale pour définir cette surcharge de travail et d’organisation et de planification du quotidien. La charge sexuelle vient également compléter cette idée : la sexualité peut être vécue par certaines femmes comme une charge supplémentaire dans le quotidien. En effet, cela demande du temps, de l’argent et de l’énergie que de s’apprêter, d’aller se faire épiler, gérer sa contraception et les rendez-vous médicaux associés, etc.
- La consommation de pornographie est elle aussi un fléau pour notre libido. Elle réduit considérablement notre imaginaire érotique, qui est le moteur de notre désir et vie sexuelle. Les hommes qui visionnent régulièrement des vidéos porno sont plus à risque de souffrir d’une dysfonction érectile, mais également d’une diminution du désir sexuel car leur imaginaire érotique aura tendance à diminuer.
- Les enfants : l’arrivée d’un ou de plusieurs enfants dans la vie d’un couple aura une influence sur leur intimité et leur vie sexuelle. Une étude a démontré que 47% des femmes et 43% des hommes interrogés estiment que la qualité de leur vie sexuelle a baissé depuis qu’ils ont des enfants. Face au manque de temps, la fatigue, les nuits entrecoupées avec un jeune enfant, il est difficile de conserver un peu d’intimité.
- Le déficit androgénique : chez l’homme le niveau de testostérone peut diminuer avec l’âge. On sait que la testostérone est impliquée dans le désir sexuel.
La diminution ou l’absence de désir sexuel inquiète souvent les personnes qui en souffrent. On veut le faire revenir rapidement, à l’aide d’une baguette magique, ou on peut avoir peur qu’il ne revienne jamais. Pas de panique, rien n’est jamais perdu. La libido change, peut diminuer, mais peut aussi augmenter. Mais pas de secrets ni de baguette magique, cela nécessite un travail régulier et des efforts pour réinvestir sa vie sexuelle. Quelques conseils peuvent être aidant si vous vous retrouvez dans cette situation :
- On essaie d’avoir une bonne hygiène de vie : une mauvaise alimentation, la sédentarité, la consommation d’alcool, de tabac ou de substances psychoactives peuvent avoir un impact négatif sur la libido.
- On réinvestie et développe son imaginaire érotique. L’imaginaire érotique constitue la faculté qu’une personne a de s’auto érotiser mentalement par la création de fantasmes et est le moteur de notre vie sexuelle en générant le désir. Pour cela, on zappe le porno, qui rend notre cerveau fainéant en lui procurant des images toutes prêtes. Il est préférable d’utiliser d’autres supports : des livres érotiques, des podcasts audio pornographiques (par ex : voxxx), des méditations érotiques sur internet.
- Quand on développe son imaginaire et qu’on peut commencer à se passer de supports, on peut essayer d’être créatif : pourquoi pas réfléchir à ses fantasmes ? écrire un scénario sexuel ?
- On se masturbe : la masturbation permet de mieux se connaitre, de ressentir du désir, du plaisir, d’atteindre l’orgasme, d’érotiser son corps. Et plus on vit ses expériences, plus on développe le désir de les revivre. La sexualité active le circuit de la récompense de notre cerveau, comme les drogues, et comme le chocolat.
- On prend du temps pour son couple, et on lui laisse de la place. On peut réfléchir à deux à comment faire pour retrouver progressivement une intimité : décider certains soirs de se coucher tôt et zapper la nouvelle série sur Netflix ? Elle peut toujours attendre demain. Bannir les écrans dans la chambre ? Libre à vos envies et votre imagination, pour créer de nouvelles routines et créer un nouvel espace pour votre couple.
- L’intimité, ce n’est pas seulement un rapport sexuel, et pas seulement une pénétration. Parfois, on est trop fatigué-e, ou on a pas le temps, ou pas l’envie. Pourquoi ne pas réinventer l’intimité du couple ? On peut décider de prendre un bain ensemble, de se faire un massage, de simplement passer une soirée blottie l’un-e contre l’autre. Le moindre contact physique ne doit pas être associé obligatoirement à un rapport sexuel complet. Rien n’est obligatoire. Et on sait à quel point le toucher et le contact sensoriel sont importants pour l’être humain.
- On parle : souvent les couples franchissant la porte d’un-e professionnel-le ne communiquent plus beaucoup sur leurs difficultés, ni sur leurs envies. La communication reste l’un des piliers de la vie de couple.
- La sexothérapie : si vos difficultés ne sont pas légères ni passagères et qu’elles induisent chez vous et / ou chez vos partenaires de la souffrance, il est peut-être important d’envisager un travail avec un-e sexologue.
En conclusion, le désir sexuel varie énormément au cours de notre vie et un grand nombre de facteurs peuvent l’influencer. Si ce manque de désir génère une réelle souffrance chez vous ou vos partenaires, il peut être intéressant de consulter un professionnel sexologue. Le sexologue pourra évaluer avec vous quels facteurs influent réellement sur votre manque de désir et vous proposer une prise en charge adaptée ou vous réorienter vers le professionnel compétent. Ce n’est pas la même chose ni la même prise en charge si un dérèglement hormonal ou si une dépression perturbe notre désir sexuel.